Je suis entrain de lire LTI, la langue du troisième Reich (lingua tertii imperii) de Victor Klemperer. Il était juif et sa femme avait son certificat d'aryanité. Ils ont survécu à la guerre en effectuant les pires travaux dans diverses usines.
Victor Klemperer était félinolâtre. Il était abonné au bulletin de la SPA locale. Quand la fondation bienfaitrice s'est nazifiée on lui a retiré son abonnement, mais aussi ses chats. Ils ont éliminé les chats juifs au grand profit des chats allemands.
Ce livre passionnant montre comment l'idéologie a eu recours aux néologismes, si vous êtes germanistes vous savez il est très facile de créer des mots par préfixation et suffixation en allemand, et à l'utilisation systématique de certains mots pour s'imposer. Le verbe "organiser" en avait remplacé beaucoup d'autres, comme le verbe gérer actuellent qui s'emploie à toutes les sauces.
«Les mots peuvent être comme de minuscules doses d'arsenic: on avale sans y prendre garde, ils semblent ne faire aucun effet, et voilà qu'après quelque temps l'effet toxique se fait sentir.»
Ce livre montre comment un esprit capitulait à commencer par celui des bons bourgeois juifs heureux qu'on remette de l'ordre dans leur pays. Klemperer raconte comment ses collègues, ses amis, ses étudiants, un garçon qui était comme son fils adoptif ont trahi leur conquête par le régime en employant tel mot à la place de tel autre, ou avec le sens nouveau que le régime lui avait donné.
Les nazis avaient réussi à donner au mot fanatisme une connotation positive, et à en faire une vertu.





